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François Dauverchain

La technique, à hauteur d'homme
5 ottobre 2026 di
Administrator


Enseignant en BTS Architectures en métal : conception et réalisation (AMCR) au lycée Gaspard-Monge de Chambéry, François Dauverchain participait, le 3 octobre 2026, au salon Studyrama de Grenoble pour présenter les formations industrielles proposées par son établissement : l’occasion d’explorer les possibilités d’orientation après le baccalauréat, la place de l’atelier dans la formation, les compétences développées par les étudiants et les parcours permettant d’accéder aux écoles d’ingénieurs. Une approche pédagogique qui accorde une place importante aux applications concrètes des sciences et aux réalités du travail industriel.

Par Angela Braito, Louis Gosse et Renaud Gosse


Comprendre à quoi servent les choses


Un couteau de cuisine et une carrosserie automobile ont au moins un point commun : tous deux peuvent être fabriqués en acier. Pourtant, leurs propriétés doivent répondre à des usages très différents. C’est à partir de cet exemple que François Dauverchain présente le BTS Traitements des matériaux, l’une des six formations industrielles proposées au lycée Gaspard-Monge de Chambéry.

« [Ce BTS] s'intéresse à la manière dont on peut modifier les propriétés d'un matériau, notamment des métaux, en fonction de l'usage que l'on veut en faire. Par exemple, l'acier utilisé pour un couteau de cuisine n'a pas les mêmes propriétés que celui que l'on recherche pour une carrosserie automobile. »

Cette comparaison permet d’aborder des notions plus techniques : composition des alliages, résistance mécanique, traitements thermiques ou contraintes de fabrication. Le choix d’un matériau dépend de son usage, des efforts qu’il doit supporter et des techniques employées pour le transformer. Derrière ces connaissances scientifiques se dessinent ainsi des applications concrètes et des métiers que les intitulés des formations ne permettent pas toujours d’imaginer.

C’est justement cette dimension professionnelle que François Dauverchain tient à souligner :

« Le BTS est un diplôme à bac +2 qui est professionnalisant : on apprend véritablement un métier. Au bout des deux années, si on souhaite faire des études courtes, on peut entrer directement dans la vie professionnelle. Mais le BTS permet aussi de continuer ses études. »

Au lycée Monge, les autres formations industrielles couvrent des domaines variés. En conception de produits industriels (CPI), les étudiants travaillent sur des mécanismes et des équipements. En construction et aménagement de véhicules (CAV), ils apprennent à adapter des véhicules à des usages particuliers. La chaudronnerie industrielle (CRCI) concerne notamment la fabrication d’ensembles métalliques, tandis que la maintenance des systèmes (MS) prépare à l’entretien des installations et à leur bon fonctionnement.

Mais au-delà de ces spécialités, que fait-on réellement pendant les deux années de formation ? Comment passe-t-on des connaissances scientifiques à leur application dans un métier ? Pour le comprendre, François Dauverchain s’appuie sur la spécialité qu’il enseigne : la conception de structures métalliques destinées aux bâtiments et à certains ouvrages d’art.


Concevoir, mais aussi savoir fabriquer


En BTS Architectures en métal : conception et réalisation, les étudiants apprennent à concevoir et à dimensionner des structures métalliques. À l’aide de logiciels spécialisés, ils préparent les plans, effectuent les calculs et vérifient la résistance des éléments aux différentes contraintes auxquelles ils seront soumis. Le poids des matériaux, la neige ou encore l’action du vent font partie des paramètres à prendre en compte.

Ces activités relèvent principalement du bureau d’études. Mais concevoir une structure suppose aussi de comprendre comment elle sera fabriquée. C’est tout l’intérêt du travail en atelier, comme l’explique François Dauverchain :

« Il y a également une partie réalisation et du travail en atelier. Le but de l'atelier n'est pas uniquement d'apprendre un geste technique : il s'agit surtout de comprendre les problématiques de fabrication pour pouvoir ensuite les prendre en compte lors de la conception. »

Une pièce peut ainsi être correctement dimensionnée sur le papier, mais se révéler difficile à fabriquer ou à assembler. L’expérience acquise en atelier permet aux futurs professionnels du bureau d’études d’anticiper ces difficultés dès la préparation des plans.

Cette articulation entre conception et fabrication se retrouve également dans les visites techniques. En septembre 2025, François Dauverchain et son collègue Jean-Marc Champlong ont accompagné des étudiants de première année au centre de tri de Savoie Déchets, à Chambéry. Cette visite, documentée par le lycée Monge, leur a permis d’observer comment la conception des structures métalliques doit tenir compte des équipements industriels et de leurs contraintes de fonctionnement.

Ces expériences complètent les enseignements dispensés au lycée, où les disciplines professionnelles occupent une place importante. Selon l'enseignant, environ un tiers du temps de formation en BTS industriels est consacré aux matières générales, comme les mathématiques, la culture générale ou l’anglais, contre deux tiers pour les enseignements techniques et professionnels. Les étudiants apprennent ainsi à mobiliser leurs connaissances scientifiques pour résoudre des problèmes concrets de conception et de fabrication.


François Dauverchain présente la brochure des BTS industriels du lycée Gaspard-Monge de Chambéry, lors du salon Studyrama des études supérieures, à Grenoble, le 3 octobre 2026. © Angela Braito – GELI.


Une vidéothèque pour apprendre le calcul des structures


L’apprentissage du calcul des structures métalliques repose sur des méthodes précises, que les étudiants doivent progressivement maîtriser. Pour accompagner cet enseignement, François Dauverchain a réalisé une importante collection de vidéos pédagogiques. En avril 2026, l’association APK, qui œuvre à la diffusion des connaissances dans le domaine de la construction métallique, a présenté cette vidéothèque réunissant 62 séquences conçues par l’enseignant.

Cette collection, destinée notamment aux étudiants de BTS AMCR, traite du calcul des structures, des charges de neige et de vent, de la résistance des matériaux et de l’utilisation de logiciels de modélisation. Les vidéos expliquent notamment comment évaluer les efforts auxquels une toiture doit résister ou déterminer les conditions dans lesquelles un élément métallique comprimé risque de perdre sa stabilité.

Organisées en séquences consultables indépendamment, elles permettent aux étudiants et aux formateurs d’approfondir des points techniques. Leur diffusion par l’APK rend également ces ressources accessibles au-delà du lycée Monge.

François Dauverchain entretient par ailleurs des relations régulières avec les entreprises de la région. Ces échanges lui permettent de suivre l’évolution des méthodes de travail et des logiciels utilisés dans les bureaux d’études, afin d’adapter les enseignements aux pratiques professionnelles.

« Nous avons un tissu industriel avec lequel nous sommes régulièrement en contact. Nous essayons vraiment d'adapter et de faire évoluer nos enseignements en fonction des besoins professionnels. Nous utilisons notamment les mêmes logiciels que ceux que l'on retrouve dans les entreprises. »

Cette proximité avec le monde industriel lui permet également de connaître les besoins des entreprises en matière de recrutement.

« Nous sommes dans une région assez dynamique économiquement. Dans le domaine de la charpente métallique, par exemple, je rencontre régulièrement des entreprises qui recherchent des jeunes. Il y a des besoins à plusieurs niveaux : en bureau d'études, dans l'encadrement ou encore dans les ateliers. »

De la conception à la fabrication, en passant par l’encadrement, ces métiers mobilisent des savoir-faire différents, parfois très spécialisés.


La compétence ne se résume pas au diplôme


Cette diversité des métiers conduit François Dauverchain à souligner l’importance de la maîtrise technique, au-delà du seul niveau de diplôme. Dans le domaine du calcul des structures métalliques, certains étudiants de BTS peuvent acquérir des connaissances particulièrement approfondies.

« Un étudiant qui sort avec un très bon niveau en calcul et une bonne maîtrise de la charpente métallique peut avoir, dans ce domaine très précis, des connaissances extrêmement poussées, parfois supérieures à celles d'un ingénieur généraliste, parce qu'il est vraiment entré dans le détail de cette spécialité. »

La comparaison porte sur un domaine technique précis, et non sur la valeur respective des diplômes. Une formation d’ingénieur généraliste couvre un ensemble étendu de connaissances scientifiques, tandis qu’une spécialisation permet d’approfondir certaines méthodes professionnelles. En charpente métallique, cette expertise repose notamment sur l’étude des structures, des matériaux et des règles de dimensionnement.

Le degré de maîtrise dépend toutefois du parcours et des aptitudes de chaque étudiant, comme il le précise :

« Tous les étudiants n'accrochent évidemment pas de la même manière au calcul, mais ceux qui atteignent un bon niveau acquièrent une véritable expertise technique. »

Dans un bureau d’études, cette connaissance approfondie du dimensionnement complète les compétences nécessaires à la conception générale d’un ouvrage et à la préparation de sa fabrication. Les différentes fonctions mobilisées sur un projet exigent ainsi des savoirs dont le degré de spécialisation varie.

Sans opposer les formations, François Dauverchain rappelle ainsi qu’un BTS peut conduire à une véritable expertise dans un domaine professionnel, indépendamment des possibilités de poursuite d’études.


François Dauverchain au stand du lycée Gaspard-Monge de Chambéry, lors du salon Studyrama des études supérieures, à Grenoble, le 3 octobre 2026. © Angela Braito – GELI.


Du BTS à l'école d'ingénieurs


La dimension professionnelle du BTS n’exclut pas la poursuite d’études. Après un bac STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable), plusieurs parcours sont possibles, notamment en BTS, en BUT ou en classe préparatoire. Ces formations permettent d’envisager des orientations différentes, y compris vers les écoles d’ingénieurs.

Certains diplômés de BTS poursuivent en licence professionnelle ou dans une autre formation complémentaire. D’autres intègrent une école d’ingénieurs, comme François Dauverchain l’a constaté parmi ses anciens étudiants.

« Chaque année, j'ai quelques étudiants qui finissent par devenir ingénieurs. Je ne dis pas que tous les étudiants de BTS vont devenir ingénieurs : il faut évidemment avoir un bon niveau. Mais c'est tout à fait possible. »

Parmi les voies possibles figure la classe préparatoire ATS (adaptation technicien supérieur). Accessible sur sélection après certaines formations techniques, elle propose une année de renforcement scientifique préparant aux concours et aux admissions en école d’ingénieurs.

« Le parcours peut être intéressant : deux années de BTS, puis, pour les bons étudiants qui le souhaitent, une année de prépa ATS. Cette année de prépa est plus théorique que le BTS, puisqu'en BTS nous sommes beaucoup dans le concret et dans l'apprentissage d'un métier. Mais elle permet ensuite d'ouvrir l'accès aux écoles d'ingénieurs. »

Cette année permet d’approfondir des enseignements plus théoriques, notamment en mathématiques et en physique, tout en s’appuyant sur les compétences techniques acquises en BTS. Elle implique aussi de s’adapter à de nouvelles exigences académiques.

D’autres parcours sont accessibles directement après le baccalauréat. La prépa TSI (technologie et sciences industrielles), principalement destinée aux bacheliers STI2D, prépare en deux ans aux concours des écoles d’ingénieurs. Le BUT, dispensé en IUT sur trois ans, associe quant à lui enseignements universitaires et applications professionnelles.

Ces cursus se distinguent par leur durée, leurs contenus et leurs méthodes d’apprentissage. Le BTS permet d’entrer dans la vie professionnelle après deux années d’études, sans fermer la porte à d’autres formations. L’accès aux écoles d’ingénieurs reste sélectif et ne constitue pas nécessairement l’objectif de tous les étudiants.


Voir une formation de l'intérieur


Au-delà des diplômes et des débouchés, le choix d’une orientation dépend aussi du contenu des enseignements et des conditions d’apprentissage. Les salons permettent de rencontrer des enseignants et de comparer les cursus, mais découvrir une formation sur place donne une idée plus précise du quotidien des étudiants.

C’est pourquoi François Dauverchain encourage les futurs candidats à se rendre directement dans les établissements. Le lycée Gaspard-Monge organise des journées portes ouvertes et propose, selon les périodes et les formations, des immersions.

« Les élèves intéressés peuvent venir passer une demi-journée dans une formation pour la découvrir concrètement. C'est une bonne manière de voir ce que l'on y fait réellement avant de choisir son orientation. »

Assister à un cours, visiter les ateliers ou échanger avec les équipes pédagogiques permet de mieux comprendre le fonctionnement d’un cursus, ses exigences et la place accordée aux enseignements techniques.

« Le mieux est vraiment de bien se renseigner, de regarder les différentes formations et, si possible, de venir les découvrir sur place. »

Ce conseil prolonge la démarche de François Dauverchain : montrer ce que recouvrent concrètement les formations industrielles. Du calcul des structures aux contraintes de fabrication, des ressources pédagogiques aux visites d’entreprises, ses exemples éclairent les connaissances et les savoir-faire que les étudiants développent au cours de leur formation. Ils rappellent aussi qu’un choix d’orientation ne repose pas seulement sur un intitulé de diplôme ou une perspective de poursuite d’études, mais sur la compréhension de ce que l’on va réellement apprendre.



Article rédigé à partir de l'entretien réalisé avec François Dauverchain, le 3 octobre 2026, au salon Studyrama de Grenoble.

  • Photo de couverture : François Dauverchain, enseignant en BTS AMCR au lycée Gaspard-Monge de Chambéry, lors du salon Studyrama des études supérieures, Alpexpo, Grenoble, 3 octobre 2026. © Angela Braito – GELI.
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